Portrait de Herve Pillaud_OneSoil Blog

« En France je suis perçu comme un évangéliste de l'agriculture numérique ». Entretien avec Hervé Pillaud

On lance une nouvelle rubrique « Entretiens » dont le premier héros est Hervé Pillaud, un expert français en agriculture de précision. Agriculteur-éleveur ayant 40 ans d'expérience, Hervé encourage activement l'utilisation des nouvelles technologies en agriculture. Il dirige plusieurs organisations spécialisées, intervient fréquemment lors de conférences et écrit dans son blog. Nous avons discuté du présent et de l'avenir de l'agriculture de précision et avons également demandé son avis sur OneSoil (attention spoiler — il est positif).

« En France je suis perçu comme un évangéliste de l'agriculture numérique ». Entretien avec Hervé Pillaud

On lance une nouvelle rubrique « Entretiens » dont le premier héros est Hervé Pillaud, un expert français en agriculture de précision. Agriculteur-éleveur ayant 40 ans d'expérience, Hervé encourage activement l'utilisation des nouvelles technologies en agriculture. Il dirige plusieurs organisations spécialisées, intervient fréquemment lors de conférences et écrit dans son blog. Nous avons discuté du présent et de l'avenir de l'agriculture de précision et avons également demandé son avis sur OneSoil (attention spoiler - il est positif).

Qu'est-ce que ça fait d'être un évangéliste du numérique ?

– Hervé, vous dirigez un grand nombre d'associations professionnelles et êtes membre de plusieurs autres organisations. Pourriez-vous nous parler un peu plus de vous et de vos responsabilités actuelles, s'il vous plaît ?

— J'ai effectivement beaucoup de travail. Tout d'abord, j'ai mon exploitation agricole en Vendée (Hervé élève des vaches laitières — OneSoil) et je suis Président délégué IRD (innovation, recherche et développement) de la Chambre d'Agriculture des Pays de la Loire. En outre, je suis membre du conseil national du numérique et président du groupe Etablières qui forme, entre autres, des agriculteurs. Enfin, je suis membre fondateur de DigitalAfrica: organisation ayant vocation à développer le numérique en Afrique, j'y anime un cluster agriculture et alimentation.

— Comment faites-vous aussi pour travailler dans la ferme?

— Je partage mon temps entre la Vendée, Paris et l'Afrique. Du coup, je suis également membre d'honneur de La Ferme Digitale: association française regroupant les startups travaillant dans le domaine agricole et alimentaire. La Ferme Digitale a été créée il y a environ trois ans, et aujourd'hui il y a une trentaine de startups agrotech proposant des produits B2B et B2C.

— Comment se fait-il que vous êtes liés aux startups?


— Je n'ai pas ma propre startup, je suis un peu trop vieux pour ça. Les fondateurs de La Ferme Digitale m'ont invité à rejoindre l'association en tant que membre honoraire. Ceci est dû à plusieurs raisons, je crois. J'ai écrit quelques livres sur les nouvelles technologies dans le secteur agricole. Le premier livre, « Agronuméricus: internet est dans le pré », fait un inventaire des apports du numérique en agriculture. Le deuxième, « Agroeconomicus manifeste d'agriculture collabor'active », est plus prospectif et dessine ce que pourront apporter les nouveaux outils technologiques. Et, en général, j'ai une grande expérience en agriculture.
La précision, avec laquelle OneSoil détermine la taille des champs et des cultures et calcule le taux d'engrais à appliquer, m'a ébahi. – Hervé Pillaud
— Et quel a été votre parcours académique ?

— Je n'ai aucun parcours universitaire. J'ai quitté l'école après le baccalauréat pour travailler sur l'exploitation de mes parents où je me suis installé en 1980. Ma formation s'est faite tout au long de ma vie.

— D'où vient votre intérêt pour l'agriculture de précision ?


 — Mon attrait pour le digital m'est venu par le développement des stratégies de communication digitale que j'ai mis en place dans les organisations agricoles en France. Lorsque je suggérais d'utiliser de nouveaux outils de communication, je devais connaître leur fonctionnement. Et l'attrait pour l'agriculture de précision m'est venu par l'organisation de concours de startups en France. Lors d'un concours, j'ai eu l'occasion de tester sur ma propre ferme les diverses applications.

En fait, je suis perçu, aujourd'hui, comme un évangéliste de l'agriculture numérique en France peut être parce que j'écris toujours activement dans mon blog.

Quelques conseils pour les agriculteurs et pour OneSoil

— De votre point de vue, où en est l’agriculture de précision en France ?

— L'agriculture française s’est assez bien digitalisée à mon avis. Ceci s’applique aussi bien aux petites fermes privées qu’aux grandes exploitations gérées par des entreprises. La transformation est dû à deux facteurs: la pression du gouvernement visant à changer l’ancien modèle d’agriculture et l’accès plus ou moins homogène à la technologie dans toutes les régions du pays. Cependant, le nord de la France est encore plus développé que le sud. En ce qui concerne le continent européen, je n’ai pas des données précises mais je pense que nous sommes derrière l’Allemagne et les Pays-Bas encore.

— Qu'est-ce qui prédétermine la différence en termes de capacités d’adaptation de technologies par les différents agriculteurs? Est-ce que tous les agriculteurs doivent passer à l’agriculture de précision?


— Je ne sais pas s’il existe des critères objectifs. Je pense que cela est dû à l’aspiration à devenir plus compétitif. Environ 50 à 60% des agriculteurs en France sont déjà passé par la transformation numérique. Je pense aussi que dans les cinq prochaines années leur nombre augmentera considérablement. Ceux qui ne veulent pas intégrer les technologies dans leurs processus de travail seront exclus du marché.

— D'après votre expérience, quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les agriculteurs qui décident de passer à l’agriculture de précision ?

 — Le principal défi, auquel les agriculteurs sont confrontés pour passer à l’agriculture de précision, est le coût qui doit être maîtrisé pour améliorer la rentabilité et non pas la détériorer dans un écosystème où les marges sont relativement réduites. Le deuxième, c’est la maîtrise des données de leurs exploitations, de leurs usages et de la capacité à en disposer en changeant d’opérateur. Et le troisième défis est celui de la maîtrise et du suivi technique par les opérateurs.

— Quels conseils pourriez-vous donner aux agriculteurs désirant passer à l’agriculture de précision ?

— Je conseille de prendre le temps de la réflexion stratégique pour bien maîtriser les changements que l’agriculture de précision va engendrer sur leur entreprise. Je leurs conseille également de se former pour maîtriser les nouveaux outils dans lesquels ils décident d’investir et puis fort de tous ces éléments, de ne pas faire les choses à moitié et de s’engager totalement.
— Et quelles sont vos suggestions à l'équipe de OneSoil? Vous avez testé la plate-forme sur votre ferme, n'est-ce pas ?

 — Oui, et la précision, avec laquelle OneSoil détermine la taille des champs et des cultures et calcule le taux d'engrais à appliquer, m'a ébahi. Je suis ensuite allé voir un peu plus loin pour découvrir un très bel outil qui nécessite certes des améliorations mais peut représenter une très bonne base pour faire émerger des applications très utiles pour les agriculteurs mais aussi en matière de prévision macroéconomique.

Pour déployer l'énorme potentiel de la plateforme, OneSoil devra s'associer localement avec d'autres startups ou avec des organismes de conseils aux agriculteurs. Il serait également intéressant de pouvoir y associer la couche délimitant les exploitations en plus de la cartographie des parcelles. OnseSoil a de très bonnes perspectives en France, sans parler de l'Afrique, où le potentiel est énorme mais où il n'y a pas encore de base scientifique et technique comparable à celle de l'Europe de l'Ouest.

Sur l'avenir de l'agriculture

— Parlons un peu de l’avenir de l’agriculture en général et de l’agriculture de précision. De votre point de vue, quelles technologies vont se développer dans un avenir proche ?

— Nous voyons depuis quelques années un développement fort de startups en matière d’agriculture de précision que ce soit pour offrir aux agriculteurs des outils d’aide à la décision ou des capteurs IoT permettant l'émission de données de plus en plus précises. Les deux tendances de 2019, à mon sens, sont l'émergence de l’intelligence artificielle dans les outils qui nous sont proposés, la mise en place de plateforme d’agrégation de données et le développement de nouveaux capteurs connectés donnant des indications de plus en plus précises sur le sol, les plantes, les animaux. Au-delà de tout cela, le déploiement des derniers satellites européens que ce soit le programme Copernicus ou Galiléo vont permettre une avancée considérable en matière d’agriculture de précision. Associés aux données émanant de capteurs de toutes sortes, ils vont permettre des performances jamais atteintes.

— Comment percevez-vous l’avenir de l’agriculture de précision à long terme ?


 — Incontestablement l’agriculture de précision représente une avancée pour les agriculteurs si elle est fondée sur la triple performance économique, environnementale et sociale. Elle est un élément majeur d’une recherche de performance globale qui demain sera essentielle pour chaque entreprise quelque soit son domaine d’activité. En la matière, l’agriculture est en première ligne. Nous sommes attendu par la société pour nos performances économiques permettant de fournir une alimentation de qualité à un prix compétitif: la performance économique doit donc être le cœur de nos préoccupations et l’agriculture de précision permet d’améliorer nos performances. Nous sommes attendus également pour nos performances environnementales notamment en matière de réduction des pollutions et là encore l’agriculture de précision nous apporte les éléments nécessaires pour améliorer nos performances. Sur le plan social, le numérique facilite et sécurise le travail des agriculteurs et de leurs collaborateurs. L’agriculture de précision est donc un élément essentiel du développement de l’agriculture du 21ème siècle.

Un des plus grand défi qu’elle va devoir affronter est celui de la gestion des risques que ce soit climatiques ou épidémiologiques. Et malgré le fait qu’un peu partout, elle soit en prise avec des crises économiques importantes, l’agriculture à de beaux jours devant elle.
Il devient évident que seul un système axé sur l'intérêt public est durable. – Hervé Pillaud
— Vous défendez également le concept d’un nouveau modèle d’agriculture. Qu’entendez-vous par un nouveau modèle exactement ?

 — Je suis actuellement intéressé par la question de l’accès aux biens publics, comme la terre, l’air et la biodiversité. L’accès à la technologie ne devrait donc pas être un obstacle à la distribution équitable des produits dans le secteur agricole. Je suis sûr qu’il existe une troisième méthode largement basée sur des données ouvertes et différente de l’hypercapitalisme et du modèle chinois. C’est la responsabilité de l’Europe de trouver ce troisième modèle basé sur l’idée de la construction d’un monde en commun.

Cela n’arrivera pas du jour au lendemain. Cependant, si vous pensez au changement climatique, à la disparition d’espèces et à la dégradation des sols, il devient évident que seul un système axé sur l’intérêt public est durable. La puissance de la technologie réside dans son accessibilité, dans un accès ouvert au Big Data. Plus tôt nous comprendrons cet avantage, plus vite nous réussirons.

Sacha Gubskaya
Le texte
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